23 février 2009

Colonel Jean Sassi (7)

De la documentation concernant le Colonel Sassi (essentiellement des écrits) sera ajouté ultérieurement.

En attendant, un petit mot personnel.

Ce fut un privilège pour moi de connaître cet homme d’exception dans les années 1990. Jean Sassi avait du caractère - c’est le moins que l’on puisse dire -, et il avait aussi ses têtes... Par bonheur, le courant passa très vite entre lui et moi. Je fus donc heureux lorsque j’ai senti qu’il m’avait « adopté ».

N’ayant pas eu l’honneur de servir sous ses ordres, il fut néanmoins mon parrain lorsque je suis devenu membre associé de « Bagheera ». Aurais-je pu rêver mieux, moi, jeune homme que j’étais, aux rêves plein la tête, nourrit de lectures sur la guerre d’Indochine ? Et si je suis devenu un temps parachutiste, c’est aussi parce que je voulais ressembler à ce grand parmi les "anciens". Porter les ailes, porter le béret rouge ; cela représentait quelque chose, c’était leur rendre hommage, signifier que l’esprit dans lequel ils avaient servi perdurait, se perpétuait. En un mot que la « famille » existait toujours.

En dehors des cérémonies organisées par « Bagheera », je l’ai rencontré à de multiples reprises chez lui, à la résidence Sainte-Geneviève de Taverny. Nous avons beaucoup discuté ensemble. Sa mémoire était vive, ses souvenirs intacts. J’ai effectué aussi des heures d’enregistrement sur cassettes audio, dans lesquels le Colonel évoquait sa vie, ses rencontres avec des soldats remarquables, ses vues sur le commandement français lors des divers conflits auxquels il avait participé, son appréciation sur ses ennemis (allemands, japonais, vietminh et autres communistes du sud-est asiatique et les HLL), son approche de la chose militaire, ses idées sur la Patrie et ce qu’elle est devenue... J’ai également réalisé avec lui deux interviews, l’une parue dans la revue Renseignement & Opérations spéciales et l’autre dans la Revue Militaire Suisse. Et compte tenu du fait qu’il n’en avait quasiment jamais donné, ce fut vraiment une fierté pour moi et un plaisir pour beaucoup.

Quel plaisir aussi de le lire chaque année lorsqu’il m’envoyait ses cartes de vœux. Des cartes toujours remplies de mots plein d’allant et d’enthousiasme, de foi, de vigueur. Dans ses vœux, la France y figurait toujours et il formulait pour elle ses espoirs afin qu’elle retrouve sa place, sa grandeur, son lustre. Dans ses écrits, en dehors des éléments plus personnels, il réussissait avec talent à faire passer cette énergie salvatrice, cette « niak » ; son écriture même témoignait de son caractère entier. Chose touchante, il aimait à orner ses cartes de dessins de toutes sortes mais signifiant, d’insignes divers mais choisis, lesquels illustraient son parcours, son imaginaire aussi. Comment oublier ces attentions.

J’avais commencé également une biographie de lui, avec son accord, mais diverses circonstances ont fait que l’entreprise ne vit pas le jour ; seul un chapitre fut écrit, correspondant à son deuxième séjour en Indochine, lorsqu’il fut désigné, après un cours séjour auprès du Colonel Roger Trinquier (son chef de l’époque, responsable du GCMA), pour remplacer, à la tête du GC200, le Capitaine de Bazin de Bezon ; ce dernier allait bientôt rejoindre le 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux et combattre à Dien Bien Phu.

Le Colonel Sassi nous a quitté et il restera dans nos mémoires ; pour toujours. Il fut, pour tous ceux qui l’ont approché, un modèle, un exemple, un chef. Un modèle de soldat, un exemple de droiture, un chef né. S’il fut remarqué et s’il est resté dans les mémoires, c’est avec raison. Aujourd’hui encore, les Hmongs présents en France, comme ceux du Laos d’ailleurs, se rappellent de cet homme qui les a aimés. Son amitié avec Touby Lyphoung et Vang Pao ne fut, bien entendu, pas fortuite ; elle résultait d’une rencontre entre des personnalités hors du commun, des hommes qui portaient en eux des valeurs (Foi, Tradition, Patrie, Honneur, Fidélité), incarnant ce qu’il ya de meilleur en l’Homme.

Le Colonel Sassi était père de deux enfants, et il m’avait avoué - avec un peu d’amertume - qu’il n’avait pas eu le plaisir et la joie de les voir grandir comme il l’aurait voulu, tant il était occupé à servir sa Patrie, loin de sa maison et de sa famille. Sa femme, Alice, a été pour cela d’une aide précieuse, irremplaçable ; elle s’est occupé quasiment toute seule de l’éducation de leurs enfants, avec succès. Discrète mais toujours présente, fine et intelligente, elle enseignait la philosophie avant de se consacrer à sa famille. Sans elle, le Colonel Sassi n’aurait pas tout à fait été celui que l’on connaît ; il me l’avait confié un jour. Saluons ici cette grande dame et témoignons-lui de la reconnaissance. Et si ces lignes lui parviennent, qu’elle soit assurée de nos hommages respectueux et sincères. « Alice et Jano », un couple charmant, adorable.

La France a perdu avec le Colonel Sassi un de ses meilleurs combattants, un de ses plus fervents amoureux. Comment expliquer ce dévouement total, cette abnégation quasi mystique, au service de la France, sans cet amour de la Patrie qui le tenait au plus profond de lui-même ?

Pour ses funérailles, honneurs militaires lui furent rendus dans la cours carrée de l’Ecole Militaire et une messe dite en la Chapelle Saint Louis. Anciens et actifs du « 11 » étaient là, famille, amis et proches également. Une cérémonie intime mais forte en émotions et en souvenirs ; nous les avions tous à l’esprit, au cœur, nous qui l’avions connu d’une manière ou d’une autre, sous ses ordres ou autrement. Béret rouge sur la tête, en tenue militaire, « Bagheera » ou UNP, nous l’avons tous salué, un à un, une dernière fois, gorge nouée, mâchoire serrée. Le Colonel s’en allait pour toujours, nous laissant seuls, livrés à nous même … C’était un grand ancien et, quelque part et d’une façon ou d’une autre, notre père à tous.

A l’heure où la France rejoint le Commandement intégré de l’OTAN, au moment donc où nous perdons notre indépendance nationale (quoique l’on puisse nous raconter), la flamme dont le Colonel Sassi fut un des plus magnifiques porteurs, doit poursuivre son chemin. Nous resterons fidèles à sa mémoire, à ses valeurs, à sa foi inébranlable.

A Dieu mon Colonel ! Vous nous avez tracé le chemin, marqué nos esprits, nous tacherons d’être digne de vous.

5 commentaires:

  1. Merci pour cet éloge qui est trés juste, j'ai moi-même passé de longue heures à ses cotés a l'écouter et à débattre de nombreux sujets qui nous m'a conduit à réaliser un documentaire sur les maquis en Indochine.
    Le colonel Sassi fut un immense soldat. Il restera à jamais un exemple pour nous tous.

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  2. Très belle évocation du Colonel Jean SASSI. Il faudrait vraiment que Philippe Raggi rédige cette biographie. Ce serait une bonne action. Nécessaire pour les générations futures. Sa vie mérite absolument d'être écrite. Certains épisodes pourraient faire l'objet d'un très beau film. Un film pour honorer les Jed qui le méritent bien, un film pour honorer son épopée en Indochine.

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  3. Yves Sassi5/4/09 3:36 AM

    Merci cher monsieur Raggi pour ce texte qui honore mon père et qui nous console un peu de sa perte. Merci également pour ces quelques mots sur son épouse, Alice notre maman.
    Yves sassi

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  4. J'ai pour ma part lu l'autobiographie du Colonel Sassi à la suite de ma lecture de l'ouvrage sur la stratégie du quadrillage de Roger Trinquier, et j'ai discuté avec une personne qui s'est présenté comme gendre du Colonel Sassi, donc votre beau-frère, alors que je me rendais dans le Beaujolet. Il me semble le reconnaitre d'ailleurs sur la photo du lien suivant dans le groupe civile première personne à droite, vêtu de noir :
    http://www.chemin-de-memoire-parachutistes.org/t2747-adieu-au-colonel-jean-sassi

    il m'avait également parlé de deux ouvrages qu'il a écrit, et je lui avais donné mes coordonnées, une cartes. Il est possible qu'il ait oublié.
    Le Colonel Sassi était un homme d'une trempe hors-norme.

    Mes respects

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    1. Cher Monsieur,
      Merci pour votre commentaire.
      Je n'ai aucun lien de parenté avec le COL Sassi. Il se trouve que je le connaissais bien et étais assez proche de lui.
      Le COL Sassi avait deux enfants, deux garçons, et il ne peut en tout état de cause avoir de gendre...
      J'étais présent lors de ses obsèques à l'Ecole Militaire (votre lien) ayant été membre de l'association "Bagheera" R1.
      Nous n'oublierons pas la COL Sassi.
      Il demeurera un de nos "grands anciens".
      Ph. RGI

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